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lundi 11 avril 2011

Tunnels et méta-tunnels

Article initialement publié sur breven.free.fr, le 29/08/2010.

"''Le rêve est un tunnel qui passe sous la réalité. C'est un égout d'eau claire, mais un égout quand même''" écrit Pierre Reverdy. J'approuve joyeusement, à une nuance près. La réalité est tout aussi tunnelesque que le rêve.

Il est des idées que l'on déteste, d'autres que l'on adore, des concepts que l'on refuse, certains que l'on adopte. Ces idées ne nous enferment-elles pas elles aussi dans un tunnel ? Ce que l'on crois réel nous sera prouvé par ce que l'on verra du monde. On ne peux pas en voir plus, ni moins. Chacun voyage dans un sens, dans un tunnel fermé. "''What the Thinker think, the prover proves''" écrit RAW.

Finalement, un schizophrène voyage aussi dans son propre tunnel, qui n'a pas plus de réalité que celle partagé par le plus grand nombre. L'avantage de ce que nous appelons NOTRE RÉALITÉ est qu'elle permet la sociabilisation. Mais rien ne nous dit qu'il ne s'agit pas d'une conception tout à fait relative. En poussant la théorie plus loin, rien ne me prouve que la réalité que je perçois soit la même que celle dans laquelle mon voisin vit.

Un chrétien verra dans une montagne la preuve de l'existence de Dieu, qui a dessiné ce miracle naturel. Le géologue verra le résultat de millénaires tectoniquement mouvementés. L'alpiniste, un défi sportif. L'écologiste, une catastrophe, tant le glacier qui surmonte la montagne a diminué ces dernières années. Un non-voyant percevra un chemin accidenté.

Un tunnel, étant la seule grille d'interprétation qu'aura la personne qui le parcourt, sera défendu bec et ongle. Les autres ne peuvent qu'être ignorants, s'ils ne voient pas la même chose que moi. Au mieux, il faudra les ignorés, après qu'ils m'aient passablement énervés. Au pire, il faudra les torturer jusqu'à ce qu'ils perçoivent la seule vraie réalité, même si cela entraîne la mort. C'est pour leur bien !

Récemment, une connaissance m'a étonné par son acharnement violent à vouloir défendre son tunnel. Il ne pouvait imaginer que je ne puisse pas être d'accord avec lui. Après tout, lui est informaticien, moi non. C'est lui qui a les pieds sur terre. Il a forcément raison. Ayant une propension extraordinaire à faire chier le monde, j'ai tendance à opposer, face à des dogmes, une idée dogmatique radicalement contraire. Ce qui fait monter la sauce, et m'amuse beaucoup (honteusement hein ! L'amusement, c'est le Mal !) Qu'importe ce que je peux savoir, ressentir, voir, c'est lui qui a raison. PARCE QUE C'EST COMME CA ! Peut-être que nous avions tout les deux raisons, mais dans nos tunnels respectifs. Si les tunnels peuvent être une combinaison d'idées, construits en système, ils peuvent être aussi élaborés à partir du corps, de sensations physiques. Un tunnel-corps, délimité par les cinq sens.

L'idée exposée ici est-elle un méta-tunnel, ou une idée tout aussi tunnelesque proposant sa propre grille d'interprétation de la réalité ? Rencontrer la Déesse (ou tout autre nom que l'on peut donner à un Absolu d'une Relativité physique renversante), est-ce que cela revient à faire exploser les murs qui nous aveuglent ? C'est, en tous cas, une des définitions de l'Illumination.

(Je ressens à quel point cet article risque de transformer mes futurs disputes conjugales en conversation du genre : "C'est juste pas mon tunnel ! C'est toi qui le dit sur ton blog", mais je prends le risque...)

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