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dimanche 11 septembre 2011

Dame Justice

Parce que ce texte n'a jamais été aussi puissant et actuel...





Extrait de V pour Vendetta de David Lloyd et Alan Moore


"Le palais de Justice.

Bonsoir, Madame... Charmante soirée, n'est-ce pas ?
Pardonnez ma hardiesse, peut-être voulez-vous partir en promenade... Ou bien vous contentiez-vous d'admirer la vue ? Qu'importe. Il me semble qu'il est grand temps que nous parlions, vous et moi.
Ah, j'oubliais, nous n'avons pas été présentés. Je n'ai pas de nom. Mais vous pouvez m'appeler V.
Dame Justice, voici V. V, voici Dame Justice. Bonsoir Dame Justice. "Bonsoir V."
Voilà. Maintenant, nous nous connaissons. De fait, je suis un de vos vieux admirateurs. Oh, je sais ce que vous pensez...
"Le pauvre garçon a le béguin pour moi. C'est une tocade d'adolescent." Je vous demande pardon Madame... Mais ce n'est pas ça.
Je vous ai longtemps admiré... De loin. Je vous regardais d'en bas, de la rue, quand j'étais enfant. Et je demandais à mon père : "Qui est cette dame ?" "Dame Justice", répondait-il. Et je me disais : qu'elle est belle.
N'allez pas croire que c'était physique. Je sais que vous n'êtes pas ce genre de femme. Non, je vous aimais en tant que personne... En tant qu'idéal. Mais c'était il y a longtemps. Et j'ai rencontré quelqu'un d'autre depuis.
"Quoi ? V. quelle honte ! Vous m'auriez trahie pour une quelconque catin peinturlurée ? Une écervelée vaine au sourire enjôleur ?"
Moi ? Certes pas Madame, car c'est votre infidélité qui me précipita dans ses bras.
Ah, cela vous surprend, n'est-ce pas ? Vous pensiez que j'ignorais vos petites escapades... Mais je sais tout. Franchement, je n'ai pas été tellement surpris, moi, quand je l'ai découvert. Vous avez toujours été attirée par les hommes en uniforme.
"En uniforme ? Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, V. Vous qui êtes le seul qui..." Menteuse ! Traînée ! Putain ! Je l'ai vu glisser entre vos draps, avec son brassard et ses boites cirées !
Alors ? Vous ne dîtes plus rien ? Je m'en doutais.
Très bien. Vous voilà démasquée. Vous n'êtes plus ma Justice. Vous êtes sa Justice. Vous avez un autre amant ? Soit. Mais à ce jeu, on peut être deux.
"Oh mais qui est-elle V ? Quel est son nom ?" Elle s'appelle Anarchie, et comme maîtresse, elle m'en a plus appris que vous ne sauriez jamais le faire !
Elle m'a appris que la Justice n'est rien sans la Liberté. Elle est honnête, ne fait pas de promesse et donc n'en trahit aucune, contrairement à vous, Jézabel. Je me suis longtemps demandé pourquoi vous ne me regardiez pas dans les yeux. Je sais, à présent.
Adieu ma très chère. Cette séparation m'attriste. Quand bien même vous ne seriez plus celle que j'ai jadis aimée. Voici un dernier présent que je dépose à vos pieds.
(V dépose un cadeau, s'éloigne. Explosion du palais de Justice).
Les flammes de la liberté sont si belles et si justes... Ah, Anarchie... "Avant toi, je n'ai connu aucune beauté."

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