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mardi 20 mars 2012

Sodome et Gomorrhe (partie 2). Lièvres et Belettes

Traduction et adaptation personnelles.

Article original : Rictor Norton, A History of Homophobia, "2 The Destruction of Sodom and Gomorrah" 15 April 2002, updated 10 February 2010, 23 January 2011


Finalement, les Pères de l’Église Chrétienne adopteront complètement l'interprétation homosexuelle de Sodome et Gomorrhe et, lorsque les premiers empereurs chrétiens la formulèrent dans le très influent Code du Droit Romain, nous arrivons, autour de 600 après JC, à l'attitude juridique anti-gay toujours très effective aujourd'hui dans la plupart des sociétés occidentales. 

Il est un peu trompeur de suggérer que l'homophobie de l'empire Chrétien Romain était le résultat direct de l'attitude adoptée par les Juifs de la Diaspora, car il existe beaucoup de satires anti-gays dans les œuvres de Juvénal, Suétone, Martial et d'autres, et particulièrement des critiques du culte de Cybèle qui entra pour la première fois à Rome en 204 avant JC. Tout à fait indépendamment des Juifs, les premiers Romains croyaient de la même façon que la copulation était une expression de la violence et qu'elle devait être contrôlée, que le partenaire « actif » d'une certaine façon battait ou perpétrait un crime à l'encontre du partenaire « passif ». Les femmes étaient « protégées » - c'est-à-dire oppressées – en tant que « créatures sans défenses » et les hommes qui assumaient un rôle sexuel soi-disant « passif » étaient souvent ridiculisés. 

Mais les premières attitudes anti-gays romaines n'étaient pas sévères au point de demander une condamnation officielle ou une sanction légale. Ce n'est pas avant 226 avant JC que nous rencontrons la première loi anti-gay, la Lex Scantia, ainsi appelé parce que le tribun de la plèbe nommé C. Scantinius Capitolinus avait été accusé d'homosexualité devant le Sénat et dut payer une lourde amende. Le contenu de cette loi et l'histoire de ses origines est ouverte au débat. Il paraît peu probable qu'une loi doive son nom à un criminel. Quoi qu'il en soit, cette loi fut invoquée plusieurs fois contre les ennemis politiques, particulièrement durant le règne de l'empereur Domitien (81 – 96 après JC), mais il semble qu'il n'y eut aucune condamnation et la loi devint obsolète vers la fin du quatrième siècle. Plus important, cette loi interdit les relations homosexuelles entre hommes libres et esclaves, indication qui montre qu'elle régulait plus les relations entre classes sociales qu'elle ne condamnait toute homosexualité. 

Durant les quatre premiers siècles de notre ère, il est difficile de différencier les attitudes anti-gays des Pères de l’Église et celle des Empereurs Romains. St Jean Chrysostome dénonçait avec emphase les hommes homosexuels d'avoir « pratiquer un coït stérile, sans avoir pour but la procréation des enfants ». Débattre de ce « coït stérile » est très intéressant quand on comprend le folklore d'origine derrière un tel préjugé. 

Par exemple, Clément d'Alexandrie condamna l'homosexualité car elle implique des coïts par voie anale, et il justifia sa condamnation en se référant aux injonction de Moïse contre la consommation de la viande de lièvres (Deutéronome 14. 7). On croyait couramment que chaque année le lièvre acquérait un anus supplémentaire et que sa surabondance d'orifices conduisit à une promiscuité proverbiale. L’Épître de Barnabas condamne la pédérastie pour la même raison liée au lièvre, et continue en condamnant la fellation en se référant au Lévitique 11. 29 où la belette est décrite comme un animal malpropre car on croyait qu'elle se reproduisait par la bouche. Si les homosexuels étaient comparés à des tels lièvres et belettes mythiques, pas étonnant que ayons été qualifiés d'être « contre nature ». Aujourd'hui, nous avons perdu le folklore, mais gardés les épithètes. 

La relation supposée entre les homosexuels et les lièvres et belettes est globalement pertinente. La sodomie est généralement condamnée dans le même souffle que la zoophilie. Et le point de vue juif/chrétien/romain qui assimile les hommes homosexuels aux femmes est lié à l'idée que les femmes sont de simples animaux. St Jean Chrysostome dit « parmi toutes les bêtes sauvages, aucune n'est plus nuisible que la femme. » Même plus tardivement, en 585, le Concile de Mâcon débattit sur la question « Les femmes sont-elles humaines ? » - la réponse affirmative fut adoptée par une majorité d'une seule voix. Une des racines du sexisme n'est pas tant la séparation entre hommes et femmes que la séparation entre hommes et animaux (catégorie dans laquelle sont placés les homosexuels et les lièvres, les femmes et les belettes). 

A la liste des animaux malpropres peut s'ajouter le chien. Les Juifs appelaient les Gentils « chiens », « kunes » (du grec kuon « chien », devenu : canin), et les prêtres de Cybèle étaient appelés « chiens Gallois », « orcinaedus » de canus « chien ». Un épithète fréquent à la Renaissance était « chien Sodomite » - l'équivalent moderne serait « fils de pute » (Ndt : « son of a bitch » où bitch = chienne, plus tard : salope). 

Encore une fois, nous retrouvons la même combinaison de motivations politiques et religieuses derrière les préjugés anti-gays, déterminés préalablement par le besoin des Juifs de marquer la séparation entre les cultures étrangères et eux. Il y a trois ajouts importants à faire au répertoire de l'homophobie. Premièrement la croyance que les homosexuels sont des pédérastes et des corrupteurs d'enfants. Deuxièmement, un anti-féminisme prononcé : une dégradation explicite des femmes, la première condamnation des lesbiennes, et l'idée que les homosexuels sont « déformés » en assumant un « rôle de femme » dans des relations sexuelles « passives ». Et troisièmement, la première assimilation directe entre « contre nature » et « stérile » - mais pas tant comme un refus de procréer mais comme une tentative de procréer comme les lièvres et les belettes étaient supposés le faire. 

Le point important ici est, bien sûr, que ce qui apparaît comme un mensonge délibéré – à propos de Sodome et Gomorrhe – a été créé dans le but de justifier de tels préjugés. Cette histoire est restée inchangée depuis 100 après JC., excepté pour l'homme qui tient ce panneau « Repends-toi pêcheur ! » qui croit probablement que les sodomites vivaient à Sodome et les lesbiennes à Gomorrhe.

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