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vendredi 20 septembre 2013

Ma spiritualité au quotidien


Morganna, du groupe News et liens païens, propose de réfléchir à la question "Comment vivez-vous votre paganisme au quotidien ?" Voilà ma petite contribution.

Commençons par le commencement.


Qui suis-je ?

Je fais partie de ces sorciers qui tiquent en entendant le mot "païen". Je l'utilise, à défaut de mieux, mais historiquement, étymologiquement et symboliquement, ce mot ne convient pas à ma pratique. J'ai l'impression que le terme de "paganisme" n'existe qu'en opposition au christianisme. J'ai fait la paix avec ma culture judéo-chrétienne depuis longtemps, au point où Marie et Jésus font partie des déités avec lesquelles je travaille.

Alors que / qui suis-je ? Sorcier, essentiellement. Discordien et dianique, pour être plus précis, à ascendance Feri, Radical Faerie et chaote, fortement influencé par les philosophies bouddhistes et hindoues. J'expérimente allègrement. La physique théorique, la psychanalyse et les gender studies sont de merveilleux outils dans ma pratique. Dionysos, Hel, Kali et Aphrodite sont quelques divinités avec lesquelles j'aime travailler. J'étudie le Tarot, la Kabbale, le Yi King et tire les runes.

En bref, je suis sorcier ("It's Breven Witch !"). Le mot ne me gêne pas. Au quotidien, il devient même un outil de pouvoir. Il me rappelle qui je suis et quelles sont mes possibilités. Un de mes guides me disait récemment : "Tu es un sorcier : tu n'as pas besoin d'attendre qu'on te donne l'autorisation d'agir." A mon sens, un sorcier est toujours en devenir, toujours en "transition", toujours en plein travail. En aucun cas, il n'est supérieur à qui que ce soit. Je ne comprends pas ceux qui se congratulent de "connaître les Mystères". Un sorcier devrait lutter autant que possible contre son Ego et savoir que tout le monde à quelque chose à lui apprendre. Le mot "Sorcier" est un outil de pouvoir, mais pas un outil de pouvoir sur les autres.


Coming-out ?

Un ami me disait le week-end dernier que ses collègues ne savent pas qu'il est gay, "simplement parce qu'ils ne m'ont jamais demandé". J'aime cette idée. Je n'ai pas à afficher mes croyances (ou ma sexualité), simplement parce qu'un chrétien ne va pas gueuler sur tous les toits qu'il va à la messe (et un homme hétéro ne se justifiera jamais d'aimer une femme).

En revanche, je ne cache rien. Une collègue me demandait pourquoi je me levais si tôt tous les matins. Je lui ai répondu très simplement qu'il me fallait du temps pour me préparer et méditer. Alors que je programmais mes vacances, je n'ai pas caché, lors d'un repas de famille, mon week-end aux Pays-Bas avec T. Thorn Coyle. Quand je vivais chez mes parents, ma mère prenait soin de remettre à leurs places les petits sachets et amulettes qu'elle trouvait. Elle ne posait pas de questions, et c'était très bien comme ça. Mes collègues de travail savent que je tire les cartes (je l'ai déjà fait pour certains d'entre eux) et me disent "original". Une de mes meilleures amies me considèrent comme un "hippie". Mon autel trône dans ma chambre et mon appartement sent constamment l'encens. OK. Je n'ai pas besoin de détailler mes pratiques ou d'exposer ce qui est de l'ordre du privé. Mes processus internes ne concernent que moi, ma psy, et éventuellement les autres membres de notre coven.

Il y a un peu plus de deux ans, alors que le Mariage pour Tous semblait très lointain, mon mari et moi avons décidé de nous unir, witchy style. Mon mari est athée, nos familles majoritairement chrétiennes, et la plupart de nos amis n'avaient qu'une idée approximative de mes pratiques. Peu importe. Le mariage a eu lieu, nos mains ont été liées, dans un cercle tracé à la mode de chez nous et nous avons même sauté au-dessus du balai. Nous avions prévenu les invités qu'une cérémonie aurait lieu et tous ont été curieux et ouverts d'esprit. Le témoin de mon mari m'envoie désormais des messages pour me souhaiter de bons sabbats ou des bénédictions de "ta Déesse" pour mon anniversaire.


Witch in love

En écrivant cet article, je me rends compte que mon mari est mieux placé que moi pour parler du quotidien d'un sorcier, puisqu'il le subit bien plus moi. Athée, il a toujours fait preuve d'ouverture d'esprit et accepte les croyances de tous. Je n'ai pas attendu longtemps avant de lui annoncer la couleur. Nous nous connaissions depuis deux mois. J'ai pris le taureau par les cornes et lui ai dit : "Pour que notre relation évolue, il faut que tu connaisses deux ou trois détails à mon sujet." Je l'ai vu changer de couleur, me répéter sans cesse "je respecte les croyances de chacun" et, finalement, il s'est fait à l'idée.

Voilà dix ans que nous sommes ensemble. Je ne suis plus un cas isolé : de nombreux sorciers gravitent autour de nous et mon mari n'y voit aucun problème. "Arrête de jouer avec mon aura !", "Lève-toi et médite !", "Qu'est-ce que tu as encore fait ?" me demande-t-il parfois, face aux situations les plus improbables. "Moi ? Rien ! Je suis toujours très sage..." je ne manque pas de lui répondre... Bon... Il n'y croit plus, pour une raison inconnue... Et mes prières à Dionysos à chaque verre de vin avalé ne vont pas le rassurer.


Mon travail et mon Travail

Comme je l'ai déjà mentionné, un sorcier est toujours en plein travail. Mes journées sont bien remplies et ma profession n'est que la face visible de l'Iceberg.

Tous les jours, je m'assoies à mon autel. Et là, mon vrai Travail commence. Je médite, je jette des sorts, je m'aligne et me connecte. Je me centre plusieurs fois dans la journée et intègre ma spiritualité dans les gestes les plus quotidiens (douche, repas...). Quelqu'un utilisait la formule "faire de sa vie un temple". J'aime cette idée. Je m'ouvre à l'Amour, tente de "guérir de la société" et de devenir pleinement moi-même. Le processus est long et durera toute ma vie (au minimum). Thorn me donne des "devoirs" chaque semaine et j'apprends à devenir la meilleure version de moi-même. Ma principale peur est justement liée à ce Travail, face à la quotidienneté et à ma vie sociale. Qu'en est-il si je vais trop vite, si je brûle tout autour de moi et me retrouve seul ? Thorn me rappelle que nous ne sommes jamais seuls et que mon propre mouvement fait bouger le monde.

Le quotidien d'un sorcier implique aussi de se confronter chaque jour à des démons bien plus flippants que ceux de Charmed ou de Buffy. Mais le jeu en vaut la chandelle. Ma vie aujourd'hui est infiniment plus lumineuse, plus extraordinaire et aventureuse que ce que je projetais quand j'étais ado. Et le meilleur reste à venir...

2 commentaires:

  1. Merci pour ton article, j'ai beaucoup aimé te lire c'est très instructif :) Merci de ton partage.
    Morganna

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  2. " Qu'en est-il si je vais trop vite, si je brûle tout autour de moi et me retrouve seul ? Thorn me rappelle que nous ne sommes jamais seuls et que mon propre mouvement fait bouger le monde."
    C'est une des leçons qui s'est présentée à moi au cours de ces derniers mois de plongée en eaux profondes, et ça me touche beaucoup de la retrouver dans ton témoignage, comme un clin d'oeil... Hasard n'est ce pas. Merci ;)

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