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dimanche 4 janvier 2015

"Est-ce que tu y crois vraiment ?"


You know it's Real !



"Non, mais... attends deux secondes... Tu crois vraiment qu'une bonne femme va descendre des nuages pour apporter la guérison pendant que tu te feras cuire des crêpes ?" Je dévisage mon interlocutrice sans comprendre la question. "Tu y crois vraiment ?" me répète-t-elle. Je hausse les épaules. "Je ne me suis jamais posé la question de cette façon..." avoué-je. C'est à son tour de me dévisager. J'ai envie de lui demander si elle croit que Jésus a réellement marché sur l'eau, mais je me retiens. D'abord, parce que je sais qu'elle y croit vraiment, ensuite parce que ma question n'élèverait pas le débat.

Je sais bien qu'elle a raison au fond. J'ai longtemps raillé sa croyance aveugle aux mythes chrétiens, tout en adhérant à des pratiques encore moins rationnelles que les siennes. Du temps a passé et j'ai fait la paix avec la culture chrétienne familiale. Cependant, entre accepter que Jésus marche sur l'eau et soutenir qu'un Dieu du vin ressemblant à Jim Morrisson me susurre des oracles chelous à l'oreille, je ne suis pas sûr de qui est le plus fou de nous deux. (En fait si, j'ai une idée très claire sur la question).

Quand je réponds que je ne me suis jamais posé la question, je suis totalement sincère. Dans ma pratique, je puisse dans différentes mythologies. Je découvre avec ravissement certaines pratiques que j'adapte et que je fais miennes, mais je ne me pose jamais la question de la réalité de ces croyances.

Peut-être dois-je commencer par le commencement, le nœud du problème, cette notion de réalité, justement. Je ne suis pas sûr de croire à la réalité. Je n'y ai jamais vraiment eu foi, en y réfléchissant. 

En parcourant les centaines de romans que j'ai lues jusqu'à aujourd'hui, je ne me suis jamais posé la question de la réalité de ce que je lisais. Savoir qu'il s'agit de fictions ne m'a jamais empêché de vivre toutes ces vies, de ressentir toutes ces émotions et de pleurer à chaudes larmes. Le Mordor et la Terre du Milieu, l'univers d'Asimov, l'ère victorienne Steampunk et tous ces autres mondes sont aussi réels pour moi que la quotidienneté de ma vie. Lorsque j'écris, le monde fou dans ma tête se couche sur le papier et prend vie, m'échappe au bout d'un moment et jouit d'une réalité qui lui est propre.

Etant confronté par mon métier à des patients souffrant d'hallucinations, j'ai cultivé cette approche assez large de la notion de réalité. Très rapidement, lorsque l'on travaille en psychiatrie, le "vrai" ou le "faux" perdent tout leur sens. Seul compte le vécu du patient. "Le monde est rouge" m'a affirmé quelqu'un. Soit. Je ne le perçois pas de cette manière, mais il n'empêche que vous, oui. Pour vous, c'est une réalité inébranlable. Je n'ai pas à la mettre en doute. Ma perception de la réalité est sans doute aussi tronquée que la vôtre. La question en psychiatrie est "est-ce que cela vous fait souffrir ?" Si non, bah, on s'en cogne un peu, non ?

Alors, est-ce que j'y crois vraiment à ces Dieux fous et sublimes, à ces monstres terrifiants et fabuleux ? Je ne me suis jamais posé la question, parce qu'elle ne se pose pas. Il ne s'agit pas de croyance. Ils font partie de ma réalité, oui, le reste n'a que peu d'importance.

Je me rends compte que cette question en soulève une autre : celle de la nature des Dieux que nous adorons. Ma réponse est assez similaire et sera peut-être développée dans un autre article.

2 commentaires:

  1. Moi je crois en Jésus et en Dionysos ! C'est grave docteur ?

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  2. Très ! Shiva en est tout retourné.

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