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dimanche 29 mars 2015

Le Renard de Pâques

Adrian Bott est auteur et a écrit de nombreux articles, notamment pour The Guardian, dans lesquels il déconstruit le mythe d'Ostara. En effet, en dehors d'une mention dans les écrits de Bède le Vénérable, rien ne permet d'attester du culte d'une Déesse du nom d'Eostre aux alentours de l'équinoxe de printemps pendant une période pré-chrétienne. (Ce qui ne me pose aucun problème, puisque l'équinoxe est pour moi une fête printanière pop déjantée, pleine de Kinders Surprises et de lapins roses flashy, dont les origines antiques vont être, vous me le concéderez, très difficile à prouver...) Aussi, à l'image de la jeune fille qui se trémousse dans les prés en compagnie de ses lièvres profitant des rayons d'un soleil éclatant, Adrian Bott préfère la vision d'une Eostre / Ostara plus sauvage, luttant pour sa survie durant tout l'hiver et émergeant du froid victorieuse dans l'aube de la première journée de printemps, accompagnée de son fidèle renard.


Oui, son renard. Le Renard de Pâques.



Sont-y pas mimis ?



En 1904, Carl Hessler, dans Hessische Landes-und Volkskunde, Band 2, Hessische Volkskunde, rapporte que, pour les enfants de la région de Schaumburg, en Allemagne, ce n'est pas le Lièvre qui pond les œufs de Pâques et les dépose dans les jardins, mais le Renard, l'Osterfuchs. La veille au soir, un nid de mousse et de foin est préparé dans un endroit discret et les animaux de la maison sont enfermés, afin que le Renard puisse poser ses œufs dans la nuit en toute quiétude.


Selon Karl Wehrhan, en 1910, le Renard de Pâques est le seul porteur d’œufs de toute la région rhénane. Je ne trouve pas de mention spécifique de cette légende en Alsace, mais la région ayant été allemande au début du siècle, elle a très bien pu connaitre l'Osterfuchs gambadant sur ses terres. Cependant, on sent déjà à cette époque le déclin de la tradition allemande. Bientôt, le Lièvre de Pâques et le Renard se côtoient dans les mêmes légendes, l'un se dépêchant de terminer sa mission avant l'arrivée de l'autre (probablement pour éviter les légers désagréments qu’occasionne la chaîne alimentaire). Des biscuits en forme de ces deux animaux sont traditionnellement préparés un peu partout en Allemagne au début du XXeme siècle. Finalement, seul le Lièvre passera à la postérité, sans que l'on ne sache bien pourquoi. (M'est avis que les parents commençaient à en avoir ras-la-casquette de passer la soirée à faire plein de nids avec leurs bambins surexcités...)


Les origines du Renard de Pâques sont aussi floues que celles de son remplaçant herbivore. Theodor Schnitzler, dans Osterei und Osterhase. Hinweise auf Ergebnisse und Aufgaben der Brauchtumsforschung en 1957, souligne que les oeufs de Pâques en Westphalie sont cuits avec des peaux d'oignons, afin qu'ils obtiennent une teinte brunâtre, proche de la couleur de la fourrure. On parle alors de Fuchseier, les œufs de renard. Max Hofler prétend, quant à lui, que lièvres et renards sont les seuls animaux sauvages qui osent s'aventurer près des maisons alors que l'hiver se termine, d'où leurs représentations. L'imagination des enfants aurait contribué alors à faire du Lièvre et du Renard de Pâques des êtres magiques.


Un rapprochement est sans doute à faire avec un autre élément du folklore allemand de l'époque : le Pfingstfuchs, le Renard de la Pentecôte (avouez que vous regrettez mes lapins roses flashy, hein ?).  Une tradition germanique consistait en effet à aller de maison en maison, le jour de la Pentecôte, avec un renard capturé en laisse ou tué, afin d'obtenir des œufs, gracieusement offerts par les voisins. Dans certaines régions, le renard devient une martre ou un putois. Je n'ai pas trouvé d'explication quant à cette pratique, mais le renard (ou la martre ou le putois) est l'ennemi des poulaillers. Exhibait-on le prédateur afin d'obtenir une récompense pour cette chasse qui bénéficiait au voisinage ?


Le renard est l'animal sacré de Donar, le Thor germanique, à qui l'animal aurait souvent été sacrifié. Une légende rapporte que Donar allait de maison en maison, comme un mendiant, et savait se montrer généreux avec ceux qui lui offraient quelques pièces ou un toit pour la nuit. Le Dieu du tonnerre ne voyageait pas seul. En effet, durant ses errances, on le décrit tenant en laisse un renard...


En Alsace, le Renard de Pâques a complètement disparu du folklore. La tradition du Lapin de Pâques qui apporte les œufs reste cependant bien vivante, remplacée dans les autres régions françaises par les Cloches de Rome. Je n'ai trouvé que peu de sources concernant ce Renard de Pâques (ou de Pentecôte), mais je pense qu'il y a là quelques petites choses à creuser...




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