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vendredi 3 avril 2015

Le Vinaigre des Quatre Voleurs


Musée Paul-Dupuy, Toulouse


Voilà un petit moment que je ne vous ai pas parlé cuisine. Au menu du jour : le Vinaigre des Quatre Voleurs. A vos chaudrons, les loupiots ! (J'ai des instincts de grand-mère sorcière parfois...)


La légende à l'origine de cette préparation met en scène quatre voleurs bien français, quelque part entre Toulouse et Marseille. En débit de l'épidémie de peste qui ravageait l'Europe, les compères vidaient les maisons des victimes et en ressortaient sains et saufs. Finalement rattrapés par la justice, les pillards furent sommés de révéler leur secret. Une macération d'herbes antiseptiques qu'ils ingurgitaient quotidiennement et dont ils se couvraient leur permettait de parer le risque de contagion.


La recette originelle, si tant est qu'elle existât* un jour, s'est perdue dans les méandres du portenawak. J'ai trouvé plusieurs recettes et toutes se valent. J'en retiens cependant deux, très différentes.


La première version me parait très "sage". Toute simple, cette préparation me semble cependant convenir à un large éventail d'utilisation :

Choisissez un vinaigre du type qu'il vous plaira (en fonction de vos objectifs ou de vos attirances personnelles). Ajoutez, à parts égales**, les herbes suivantes :
- Romarin
- Sauge
- Thym
- Lavande
Laissez macérer. Mettez en bouteille.


La deuxième version, plus moderne et plus "piquante", a nettement ma préférence.

Dans du vinaigre de cidre ou de vinaigre de vin, ajoutez, à parts égales**:
- De l'ail (écrasé ou en gousses entières pelées)
- Du piment (écrasé)
- Du poivre noir
- Des graines de moutarde noire.
Laissez macérer. Mettez en bouteille.

Cette recette-ci envoie du lourd, mais je peux comprendre qu'elle puisse rebuter de premier abord.  L'important est que votre préparation vous parle. Personnellement, j'ai préféré laisser le piment entier et juste l'entailler sur le côté, pour des raisons plus esthétiques que magiques. Lorsque que je vois ainsi ma bouteille de Vinaigre des Quatre Voleurs, tout de suite, elle me parle. L'esthétique compte ! Prenez soin de votre décorum, les loupiots. (V'là la grand-mère sorcière qui revient...)


Le Vinaigre des Quatre Voleurs est très utilisé dans les pratiques vaudoues de la Nouvelle-Orléans et par beaucoup de "Rootworkers" et "Conjurers" nord-américains. Ses utilisations sont très variées et dépendent essentiellement des herbes utilisées. Si la légende de son origine n'est probablement qu'une fable, elle renseigne en revanche sur les possibilités de cette préparation : protection, bannissement, purification... Se protéger des maladies et des attaques psychiques semble être l'indication première. Les façons de l'utiliser n'ont de limite que votre imagination : charger vos bougies, en onction dans un sort de protection, pour tracer une ligne entre l'extérieur et l'intérieur, pour faire mariner les dagydes de vos ennemis, dans un bain consacré à la protection personnelle...


Analysons brièvement les ingrédients de la deuxième recette pour nous faire une idée de toutes les possibilités de ce vinaigre :
- L'ail, bien sûr, est utilisé pour bannir et protéger contre toute forme de malveillance. Exorcismes, chasses aux vampires et tout le tintouin (et ça donne du goût !)
- Le piment est l'ingrédient qui donne un petit coup de fouet à la préparation. Il est plus actif que les autres herbes utilisées. Traditionnellement, le piment permet d'éloigner les indésirables, de lever des sorts et de les renvoyer à leurs expéditeurs, de bannir, de provoquer la confusion et le malheur, de provoquer des querelles...
- Le poivre noir est utilisé pour éloigner, repousser, chasser...
- Les graines de moutarde noire provoquent la confusion, perturbent les actions de l'ennemi...


Marie Laveau, la Reine Vaudoue, utilisait ce vinaigre dans un sort très simple permettant d'éloigner un indésirable. Il suffit d'écrire le nom de votre cible sur un papier et de le glisser dans une petite bouteille. Recouvrez-le de Vinaigre des Quatre Voleurs et scellez. Confiez la bouteille à un cours d'eau qui se chargera d'éloigner l'indésirable à mesure que le courant emportera votre sort.




* Ouais, j'utilise le subjonctif passé. J'suis comme ça, moi.
** Il va sans dire que les "parts égales" s'adaptent selon les convenances personnelles.

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