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samedi 11 juillet 2015

Folleterre 2015 - Une semaine parmi les fées (Première partie)



Comme c'est le cas pour beaucoup d’événements marquants, mettre mon expérience à Folleterre en mots ne m'est pas chose aisée. Comment partager ce sentiment d'appartenance à cette tribu - ma tribu - colorée et bigarrée, totalement radicale ? Comment retransmettre cette sensation de liberté totale dans un monde où les règles n'existent pas et où personne ne juge vos barrissements d'éléphants ? Enfin, comment transcrire ma rencontre avec ce Dieu des bois, sensuel, sexuel, tellement différent du vieux cornu patriarcal que certaines traditions tendent à décrire ?


Essayons malgré tout...


Qu'est-ce que Folleterre ?


Folleterre est un sanctuaire Radical Faerie, installé dans la montagne, à quelques heures de route de chez moi. Né aux Etats-Unis sous l'influence de Harry Hay, fervent militant pour les droits LGBT, le mouvement Radical Faerie réunit les queers de tous âges, de toutes nationalités et de toutes sexualités, qui souhaitent explorer une spiritualité différente, proche de la nature, en dehors de tout dogme et de toute religion.


A Folleterre, il n'y a pas de règle, si ce n'est celle de l'acceptation inconditionnelle de la différence de l'autre. L'Amour pour Seule Loi. Et de l'Amour, il y en a ! (Sous toutes ses formes...). Je remarque rapidement que, derrière nos différences, quelque chose de fort nous unit, au-delà de l'étiquette "gay", "lesbienne" ou "bi". Une histoire commune, un parcours qui se ressemble. L'impression de ne pas être comme tout le monde, le sentiment d'être "déplacé", "inadapté" au monde extérieur. Enfant, j'étais le gamin bizarre, celui que l'on montrait du doigt. Les choses ne se sont pas améliorées avec le temps, au détail près que mon étrangeté, aujourd'hui, est revendiquée. A la remarque, "tu es bizarre", je réponds volontiers "merci". Le mot "queer" prend toute sa dimension. "Welcome Home !" - "Bienvenue à la maison !" dit-on d'ailleurs aux nouveaux venus.


Pour mon deuxième séjour à Folleterre, je choisis de rejoindre un "gathering", un rassemblement un peu particulier puisqu'il a pour objectif de travailler avec le Dieu Pan. Je ne suis a priori pas fan du Dieu Cornu, qu'il s'agisse de Cernunnos ou d'un autre, préférant l'amour englobant de la Déesse Mère à l'image violente et patriarcale du Père des forêts. Ce gathering sera l’occasion de travailler avec cet aspect dont je ne connais pas grand chose sous l'angle "queer", beaucoup plus abordable pour moi. Mon étude de la tradition Feri m'emmenant justement vers Krom, le Dieu Père, et le Greenman, le timing semble parfait.


Une maison, une prairie, un rocher de méditation, un lac et une forêt de 40 hectares seront mon royaume pendant plus d'une semaine.


L'atterrissage


Parler d’atterrissage n'est pas exagéré. Je suis seul, au milieu d'inconnus, en haut d'une montagne, sans réseau téléphonique. La moitié des Fées que je rencontre à mon arrivée sont à poil ou presque, l'autre moitié porte des vêtements colorés, des robes, du maquillage, du body-painting, etc (Je ne me doute pas encore qu'une semaine plus tard je serai moins aussi complètement nu au milieu de la forêt, ne portant que mon vernis à ongle, en chantant des mantras discordiens).


Les Fées présentes se succèdent pour me prendre dans leurs bras et me souhaiter la bienvenue. Je suis gêné au début. Cette proximité physique semble tellement à contre-courant des relations que nous entretenons dans le monde extérieur. "Est-ce que tu es à l'aise avec le toucher ?" me demandera timidement une Fée. Je me rends compte de l'absurdité de la chose. Je ne veux pas vivre des relations aseptisées. Une première barrière tombe alors que je l'étreins de toutes mes forces.


Lors de mon premier séjour, il y a quelques années, un couple à peine arrivé avait rebroussé chemin en disant "c'est trop". Un atterrissage donc, et quelques heures, jours, d'adaptations sont nécessaires. Les Fées le savent bien et sont aux petits soins pour moi. Pour vaincre mes réticences, je décide de rapidement me mettre dans l'ambiance et, avec l'aide d'une autre Fée, je me retrouve bientôt masqué et pailleté, ailé et maquillé.


Ma tribu


Pour le gathering, nous sommes seize à vivre coupés du monde, loin de la maison. Les repas nous seront rapportés dans la prairie, sans que nous ayons de contact avec les autres Fées ne participant pas à cette aventure avec Pan.


Très rapidement, ces étrangers deviendront ma tribu. Ces gens, que je ne connais que depuis quelques heures, deviendront les membres de ma famille, avec qui je partagerai ce que j'ai de plus intime, de plus pur. Cet amour que j'ai pour eux me submerge rapidement. Car c'est d'amour qu'il est question, indubitablement. Alors que T. pose ses mains pleines de cendres sur mon torse et me marque comme l'un des siens, il m'annonce "We are one tribe", "Nous sommes une tribu".

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