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samedi 23 janvier 2016

Horizontalité et Spiritualité - L'Acension par le côté


La spiritualité est souvent pensée comme un moyen de s'élever de la condition humaine vers le divin. Le "chemin" pourrait donc être figuré comme une flèche qui pointe directement vers le haut, de manière purement verticale. Si l'idée peut être plaisante et contient une part de vérité, elle nous pousse parfois à dénigrer le monde dans lequel nous vivons, au profit d'un ailleurs divin absolument merveilleux, une sorte de nostalgie façon "c'était mieux avant".



"J'arriiiiiiiive !"


Après une longue litanie pleurnicharde sur son statut d'incompris dans laquelle tout emo se serait reconnu, un jeune asatruar me disait :  "J'en ai rien à foutre de tous ces blaireaux. Je vais m'installer dans une yourte au fond de la montagne avec mes loups et attendre le Ragnarok." Passons sur les probabilités de mort par déshydratation, dénutrition, ou dévoration par les loups pour aller un peu plus loin. Comme cet ami nordisant en pleine rébellion, il peux m'arriver de dire des choses de ce type. Parfois, ce monde me gonfle un peu et j'aspire alors à une vie au fond de la montagne avec des Radical Faeries (mais avec une bonne connexion WiFi). 


Dans une perspective mystique, tout est un et la spiritualité serait un moyen de retourner à cette unité originelle. Or, si tout est un, jeune lecteur, ton voisin, l'herbe folle de ton jardin et les gouttes de pluie qui tombent sur ton toit sont des morceaux de toi étendu. Le chemin ne devrait donc pas être uniquement celui d'une ascension, mais plutôt une expansion dans toutes les directions, Peu d'auteurs explorent la question de l'horizontalité en spiritualité, bien qu'elle soit abordée dans presque toutes les traditions.


Soi et le corps


A mon sens, cette horizontalité passe d'abord par le travail que l'on fait sur soi-même. En tant qu'individus ancrés dans la matérialité, nous vivons dans l'ici et maintenant et sommes bien obligés de faire quelque chose de cette vie et de ce corps. Aspirer à une relation saine avec soi-même me semble fondamental. Rappelons que nous serons encombrés de nous-même au moins jusqu'à notre mort ; il serait dommage de ne rien en faire. Nous sommes nos propres outils pour nous réaliser.


T. Thorn Coyle, dans sa Morning Star Mystery School, inclut le corps dans la pratique spirituel et recommande à chacun de ses élèves de pratiquer une activité physique adaptée à leurs capacités, ne serait-ce que pour entretenir "la monture" qui permet d'avancer sur la voie. Les pratiques tantriques, yogiques, derviches et d'autres encore ont parfaitement intégré cet aspect.


Entrer en relation


Un travail d'avancée spirituelle ne peut se faire que dans une optique d'ouverture. Ouverture à l'Autre. Ouverture au monde. Ouverture à tout ce qui est. J'effleurais tout à l'heure la question de l'unité, du "tout est un", et c'est exactement de cela dont il s'agit. Entrer en relation. Le travail spirituel ne s'accomplit pas seulement avec le Divin au-dessus de nous, mais aussi avec le Divin autour de nous. J'ai beaucoup de mal à voir où est l'aspect spirituel des groupes identitaires qui se définissent en contradiction avec les autres ou qui recommandent la séparation, incapables de reconnaître le Dieu en l'Autre. La logique d'intégration me semble bien plus saine et constructive. Bâtissons des ponts entre nos traditions au lieu de nous mettre des bâtons dans les roues les uns aux autres.  Lorsque je parle d'amour et de spiritualité (dans beaucoup d'articles de ce blog), je ne parle pas uniquement de l'amour vertical, mais aussi de cette horizontalité.


L'ouverture, c'est aussi respecter ce qui nous entoure et, pourquoi pas, l'intégrer à nos pratiques : l'environnement, les éléments, les esprits locaux... Il est souvent bien plus facile d'entretenir une relation avec ce qui est prêt de nous que de vouloir immédiatement atteindre les hautes sphères et le Hibou Cosmique. Ce point mériterait un développement particulier dans un autre article (nous verrons, hein, personne ne me paye pour écrire, alors bon...).



Cosmic Owl - Kelly Kerrigan
Inspiré du personnage de la série Adventure Time



Le service


La notion de "service" n'est pas à négliger. Il ne s'agit pas forcément de partir en mission à l'autre bout du monde et il ne suffit sans doute pas de donner trois euros à une ONG pour se débarrasser de ce fardeau. Comment puis-je me rendre au service de l'autre au quotidien ?


Starhawk tente de répondre à cette question dans plusieurs ouvrages et dans ses actions écologistes et politiques. La tradition Feri place cette idée de service à l'autre au cœur de sa pratique. Si la société telle qu'elle existe ne convient pas à notre jeune asatruar, il lui faudrait peut-être tenter de trouver des solutions pour la rendre meilleure plutôt que de s'enfermer dans sa yourte (jusqu'à ce que mort s'en suive). Sans aller jusqu'à lancer une révolution, une attitude, un sourire, un désir d'honnêteté... contribue déjà à améliorer le quotidien et à nous placer dans une logique d'ouverture.



Il ne s'agit là que de quelques pistes de ce que serait une spiritualité tournée, non pas seulement vers le haut, mais dans toutes les directions. Comme toujours, vous pouvez réagir, m'insulter copieusement (j'adore), me porter aux nues ou prier pour mon âme de pêcheur, ici-même ou sur ma page Facebook.


Bisous, bisous.

1 commentaire:

  1. Ah, ben j'aime bien, c'est plein de bon sens.

    Être enraciné dans son identité, c'est bien, mais cracher sur celle d'autrui ne nous aide effectivement pas à nous élever.

    Mais l'"amour horizontal", indispensable (et si jouissif !), ne nous exonère pas de l'amour vertical.

    Cela dit, plus il est large, plus l'élévation se promet d'être haute. Question de cône : plus le centre est universel, plus le sommet est transcendant.

    Et c'est bien, quand on est Païen, de ne pas oublier le service. Parce que beaucoup trouvent ça trop chrétien. Eh bien non : le service de mon compagnon ou de ma compagne n'est ni chrétien, ni païen, mais humain.

    Zeus nous a donné un moyen d'échapper à l'enfermement en nous-mêmes : le service de l'autre nous-mêmes. Et c'est en cela que nous ressemblons aux Dieux, qui forment un panthéon.

    Les Prétendants ne vivent que pour eux-mêmes et meurent chacun, séparément, d'une flèche décochée.

    Ulysse et sa famille vivent dans l'attente de l'avènement mutuel, et la présence divine se manifeste spontanément en son sein : Mentor montre à Télémaque que son père est vivant, rejoignant l'intuition obstinée de sa mère.

    Et ainsi se manifeste l'unité, et est défaite la discorde qui nous maintient à l'écart de nous- mêmes et nous fait détester notre propre maison.

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