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dimanche 3 janvier 2016

Le symptôme de l'initiation - Psychanalyse et Magick


Dieu jugeant Adam, W. Blake.


Cheminer sur un chemin spirituel, à mon sens, est rarement une promenade de santé. On ne décide pas de s'engager sur cette voie comme on décide d'entreprendre une balade digestive. "Tiens, j'ai envie de remettre en question toute mon existence pour pouvoir digérer ma bûche de Noël", non, vraiment. Il faut s'attendre à de nombreux cailloux, à des détours, à passer des chemins un peu tortueux et pas très bien éclairés.



Je suis toujours très curieux d'entendre les histoires, plus ou moins légendaires, qui ont poussé les uns et les autres à prendre la route. Plus ou moins légendaires, parce qu'elles sont souvent plus symboliques qu'autres choses, appartiennent au discours quoi qu'il arrive, mais n'en restent pas moins nécessaires et structurantes.


Les fondateurs mythiques des grands mouvements spirituels donnent l'exemple. Siddhartha, qui n'est pas encore le Bouddha, vit tranquillement dans son palais jusqu'à ce qu'il découvre la souffrance,  la vieillesse et la maladie. Mahomet vit une enfance difficile, marquée par le deuil, l'inégalité et une possible stigmatisation sociale, puis se retire dans les grottes près de La Mecque pour trouver la paix avant d'avoir une révélation. Ariane ne rencontre l'extase mystique, sous les traits de Dionysos, qu'après les épreuves du labyrinthe, le rejet de l'homme qu'elle aime et le désespoir sur les plages de Naxos. Le péché originel et la perte du jardin d'Eden peuvent aussi être perçus comme l'expression de cette crise qui met en branle la quête initiatique des mystiques juives et chrétiennes.




Bacchus et Ariane, Frères Le Nain


Les Kabbalistes parlent du "point dans le cœur", comme d'un désir du chercheur spirituel qui ne peut jamais être assouvi. Nous parlons encore une fois de désir, de cœur, donc d'émotions et de souffrance. La souffrance est-elle initiatrice ? Indubitablement. Faut-il donc souffrir pour se mettre en chemin ? Je ne pense pas, bien que la "crise" semble être le point de départ de nombreux récits initiatiques.


En réfléchissant à cet article, je me suis rendu compte que mon propre cheminement spirituel (du moins, dans cette vie) a commencé alors que j'étais enfant, dans des circonstances qui n'étaient certes pas dramatiques, mais néanmoins sources de souffrance. Il me fallait trouver autre chose, une porte de sortie, une autre figure d'autorité, une autre source d'amour et peut-être même l'assurance d'une justice divine. C'est à cette même époque, et en parallèle de mes premières découvertes bibliques, qu'ont débuté mes questionnements sur les désirs des humains, sur les jeux psychologiques qui agitaient toute ma famille et les enjeux des mécanismes psychiques (que je ne formulais bien sûr pas de cette manière à l'époque).


En psychanalyse, le symptôme survient souvent sans crier gare et pousse celui qui en souffre à en faire quelque chose (même si ce quelque chose implique parfois d'organiser toute la vie autour du symptôme et à se figer dans l'inaction). Les professionnels y voient là le fait d'un désir refoulé loin dans l'inconscient, qui tente de s'exprimer malgré tout ou que les événements ont réveillé.


Et si cette "crise spirituelle originelle" était à comprendre comme un symptôme, comme l'expression d'un désir inscrit profondément, non plus dans l'inconscient, mais dans l'âme du chercheur spirituel ? La confrontation à la souffrance, à la mort ou à la maladie pourrait alors réactiver le désir de l'âme de s’élever et de chercher ailleurs que dans le monde matériel ses réponses.


Freud explique qu'une des manières de faire taire le désir inconscient (et donc de se débarrasser du symptôme) est de le sublimer. La quête spirituelle est peut-être, avec l'art, l'outil de sublimation ultime. A moins que la spiritualité ne soit une forme d'art en soi, mais je m'aventure peut-être déjà sur les pistes tortueuses d'une nouvelle réflexion.



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