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lundi 21 mars 2016

De quoi Ostara est-il le nom ?




Très bon équinoxe à vous, amis lecteurs. Que le renouveau de l'année vous soit faste et que pleuvent sur vos corps athlétiques des kilos de chocolat.


Si Ostara est le nom privilégié donné aux fêtes de l'équinoxe par les païens d'aujourd'hui, l'allemand Ostern et l'anglais Easter conservent une racine commune, possiblement pré-chrétienne. Le français y substitue le mot Pâques, mettant en avant les fêtes chrétiennes et juives se déroulant en ce moment (hébreu : Pessar). Tous les ans, à cette période, apparaissent, tels des lapins Lindt en tête de gondole, une flopée d'articles sur les origines de ce mot étrange, Ostara.  Et comme tous les ans, il y a à boire et à manger (et de quoi avoir une crise de foie).



De quoi Ostara est-il le nom ? 


Plusieurs descriptions de la déesse Ostara, qui aurait donné son nom à la fête, la présentent comme une jeune femme symbolisant le renouveau et le printemps, honorée par les Germains. On trouve parfois les épithètes "Dame de l'Aube" ou "Dame du printemps" qui lui sont associés. En y regardant de plus près, la première mention faite de la déesse Ostara daterait de 1835 et apparaît dans un écrit de Jacob Grimm (Deutsche Mythologie). Il propose une traduction en haut allemand du nom de la déesse anglo-saxonne Eostre. Là encore, la haute antiquité de ce nom reste à prouver, puisque "Eostre" apparaît pour la première fois au VIIIeme siècle, dans les écrits de Bède le Vénérable (De temporum ratione). Aucune mention antérieure à Ostara ou Eostre n'a été trouvée.


Cela signifie-t-il que la déesse Ostara n'ait jamais été adorée par les Germains ? Je n'ai pas de réponse définitive à cette question. La seule chose qui est sûre, c'est que rien ne nous permet de l'affirmer. D'autres déesses antiques partagent cependant les mêmes épithètes que ceux que nous avons attribués à Ostara : la romaine Aurora, la grecque Eos, la nordique Freyja...



Ostara, vue par Johannes Gehrts, 1884.


Aujourd'hui, les linguistes sont nombreux à penser que les mots Ostern et Easter (et donc Ostara) sont construits sur la racine Ost- / East-, l'Est, c'est-à-dire la direction dans laquelle le soleil se lève. La fête que les néo-païens nomment Ostara est bien axée sur le cycle solaire et nous pouvons lier à cette étymologie les symboles traditionnels de l'équinoxe.


J'utilise volontiers le terme "néo-païen", quitte à faire grincer des dents, car, en effet, faut-il le rappeler ?, nos pratiques d'aujourd'hui n'ont rien à voir avec les pratiques ancestrales, dont on ne sait pas grand chose. Bien sûr, des groupes axés sur le reconstructionnisme font un travail formidable dans ce domaine et je ne remets pas cela en question. Ce qui m'exaspère, en revanche, ce sont les arguments mytho-poétiques présentés comme des faits historiques.


Si la déesse Ostara est d'origine récente comme on pourrait le supposer ou issue d'un mélange de plusieurs autres divinités dans le regard d'un moine catholique, autant la reconnaître comme telle. Il n'y a pas de raison valable de raccrocher Ostara aux pratiques germaniques pré-chrétiennes alors que nous n'avons aucune preuve historique ou archéologique de ce fait. L'antiquité d'un mythe n'est pas un gage de qualité supérieure aux mythes plus récents et sa nostalgie tient du pur fantasme (quand elle n'est pas utilisée pour défendre des thèses bien plus obscures).


Le mytho-poétique est-il donc à proscrire ? Non, bien sûr, mais il faut le reconnaître comme tel. Travailler avec la déesse Ostara peut être riche d'enseignements. Plusieurs rituels de l'équinoxe de printemps auxquels j'ai participés lui faisaient la part belle et je n'ai aucun problème avec cela. Au contraire, la "modernité" de cette déesse peut être un atout. Nous sommes libres d'explorer, d'inventer et de sortir des sentiers battus, d'accéder au symbolique pur, au-delà des réalités physiques de notre monde. C'est bien à cela que sert le mythe, nous permettre d'entrevoir ce que nos cerveaux  et nos perceptions humaines ne peuvent comprendre.


L'imagerie d'Ostara est teintée de romantisme allemand, influencée par Jacob Grimm et les folkloristes du XIXeme siècle. Permettons-nous une vision moderne. Adrian Bott proposait une Ostara jeune fille, très terrienne, surgissant du rude hiver telle une survivialiste, accompagnée de son cher Osterfuchs. L'image me plaît assez et vaut la peine d'être explorée.


Je ne suis pas historien et ne prétends pas l'être. Mes propos valent donc ceux d'autres blogeurs. Cependant, il est urgent de mettre en question nos sources et de ne pas tout mélanger. La crédibilité des mouvements néo-païens et sorciers est mise à rude épreuve face aux déclarations aléatoires des uns et des autres, sous couvert de pseudo-histoire. Un néo-paganisme éclairé est possible, si nous nous en donnons les moyens.


Comme toujours, vos remarques, louanges et menaces de mort sont les bienvenues en commentaire ou sur ma page Facebook. D'ici là, je vous souhaite de bonnes fêtes printanières, d'infinies explorations spirituelles et pensez tout de même un peu à vos foies malmenés par toute cette graisse de cacao.


Des bisous !


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