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mardi 30 août 2016

Le Retour de Saturne (II)



Callous Heart, Richey Beckett


Ce début d’année a été particulièrement violent pour moi. "Ça va" répondais-je pourtant avec un sourire. Peu importait qui me posait la question, ma réponse était invariable. Mes amis n’ont rien vu ; c’est en tout cas ce que je préférais croire. Je n’ai rien dit non plus aux membres de mon coven. Je ne leur ai pas parlé de cette faille en moi, de cette blessure qui s’ouvrait petit à petit, sur un gouffre béant, un trou noir, qui absorbait tout.



Je ne sais pas ce qui a été le déclencheur. Toute cette flopée de haine sortant de la bouche des uns et des autres que je recevais comme des coups en plein cœur ; la mort de mon chat, emportée en deux semaines d’une maladie que personne n’a vu arriver ; la mort de cette amie, rencontrée à Folleterre, l’été dernier ; la maladie de mon père, dont je ne cessais de dire que j’étais le cancer … Peut-être même cela a-t-il commencé bien avant cette année. Près de trente ans de construction bancale pour en arriver là. Quoi qu’il en soit, vint un moment où je n’ai plus pu faire semblant. Comme si le sol s’ouvrait sous mes pieds. Comme si le gouffre béant m’absorbait définitivement. Vint un moment où j’ai dû l’admettre : « Non, je ne vais pas bien. »


En réalité, j’aurais aimé le dire de cette manière. Les faits étaient un peu plus radicaux, un peu plus violents.


Le diagnostic, je l’avais posé moi-même depuis bien longtemps, tout en refusant de l’admettre. Je me répétais qu’il fallait que je me ressaisisse. Non, sérieusement… Je me suis bien élevé au-dessus de ça, pas vrai ? Je suis plus fort que ça. Mon médecin, quant à lui, n’avait pas à s’encombrer de mon Ego, à se dépatouiller avec des titres tels que « Grand Prêtre » ou « Sorcier ». « Je crois que tu fais une entrée en dépression… » m’a-t-il dit très respectueusement. Pourtant, j’ai pris ces mots de plein fouet, comme un coup de poing dans l’estomac.


Finalement, à quoi ça sert tout ça ? A quoi sert d’avoir une pratique spirituelle quotidienne, à payer une psychanalyste chaque semaine, à s’investir dans tous ces travaux de développement personnel, si c’est pour finir aussi bas ?


Je me raccrochais à ma spiritualité comme à une bouée au milieu de la mer. Et pourtant, j’étais loin de cette pratique que je cultivais depuis des années. Où était cette connection avec le Divin que je ressentais il y a quelques temps encore, en regardant les étoiles ? Où était ma Déesse lorsque j’avais besoin d’elle ? Avec un peu de recul, je crois qu’elle n’a jamais été bien loin en réalité. Peut-être même que cette période m’était nécessaire. Alors que je croyais avoir touché le fond,  j’ai trouvé en moi des forces que je ne me connaissais pas. Je me suis retrouvé face à ces démons que je n’osais pas regarder dans les yeux depuis des années. J’ai dû abandonner mes masques, me retrouver nu face à moi-même, face à ma psy, face à ma Déesse. Je purgeais cette négativité qui peu à peu m’aurait emmené bien plus bas encore.


Qu’importe notre expérience spirituelle, c’est une illusion de croire qu’on peut porter tout seul tout le poids du monde. Alors que mon moral était au plus bas, je me répétais souvent que tel sage ne connaissait probablement pas les crises d’angoisse, que telle sorcière était bien trop éthérée pour se retrouver au fond de son lit sans vouloir en sortir, ou encore qu’une autre gérait tellement mieux son quotidien que moi… J’avais tort. En réalité, nos maîtres, guides ou modèles sont comme nous. Même le Dalaï Lama a ses mauvais jours. L’expérience humaine en général et la vie spirituelle en particulier ne sont pas composées uniquement d’épiphanies et d’extases grandioses. Il y a aussi ces périodes de doute et ces failles qui ne demandent qu’à grandir. Que nous les acceptions ou pas, elles sont là, muettes parfois et surgissant lorsque nous ne les attendons pas.


L’idée de me reconstruire après la tempête ne me plait pas. Elle nie, quelque part, ce qu’il y avait avant et oublie la tempête elle-même. Je veux me construire avec elle, avec cette faille, prendre dans mes bras ce double de moi-même et l’intégrer totalement. Le travail est long, probablement celui d’une vie, et c’est cela qui nous rend terriblement humains. Et infiniment divins.


Aujourd’hui, je vais bien.

1 commentaire:

  1. <3
    Malgré notre solitude dans ces moments là, nous ne sommes jamais seuls à vivre tout cela.
    Des bisous.

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