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dimanche 18 septembre 2016

Travailler avec l'esprit d'une ville - Ou comment Facebook a supplanté la planche Oui-Ja

Une des réalisations les plus importantes que l'on peut faire en étant médium est que nous vivons véritablement dans un Univers hanté. Dans une conception animiste du monde, tout est habité d'un esprit et nous pourrions, avec un peu d'effort, entrer en contact avec l'essence de chaque chose ou, au moins, le tenter. Tout, vraiment ? Certains lieux sont connus pour être gardés par des esprits particuliers. Les rivières et les montagnes sont souvent considérées comme des entités à part entière et de nombreuses légendes les mettent en scène comme des personnages conscients. En bon savant fou ésotériste, pour le plaisir de l'exploration et du WTF, je me suis lancé à la rencontre d'un esprit avec lequel nous avons peu l'habitude de travailler, celui d'une ville moderne.






Nous adorons classifier, ranger, étiqueter bien proprement et il est donc assez naturel de définir différentes catégories d'entités ou d'esprits que nous rencontrons : ancêtres, fées, anges, démons... Notre Univers est hanté, certes, mais il est aussi incroyablement chaotique, et certaines "rencontres" n'entrent dans aucune catégorie clairement définie. L'esprit d'une ville est-il lié à la terre sur laquelle les bâtiments sont construits ? Est-ce une "fée", un genius loci ? Est-il nourri des idées, des aspirations, voire des esprits de ceux qui l'habitent ? Se transforme-t-il au gré des modifications urbaines ? Je commence cette exploration en éludant toutes ces questions, mais avec l'idée qu'un esprit protecteur "seulement" lié à la terre ne me semble pas répondre tout à fait à ma recherche.


L'histoire de la ville dans laquelle je vis est longue et riche. Plusieurs archives sont accessibles au grand public et il m'est facile d'en apprendre plus sur les origines et le développement progressif de la bourgade. J'avais déjà repéré le quartier le plus ancien de la ville et, intuitivement, il me paraissait judicieux de commencer par là pour tenter un premier contact avec l'esprit que je recherchais.


A la tombée de la nuit, j'emporte avec moi quelques offrandes que je juge adaptées à la circonstance (des produits locaux, de la bière brassée dans la région, etc.). Sur les ruines des premiers bâtiments de la ville, je pratique quelques exercices d'ouverture et lance mon appel, en élargissant progressivement mon champ de conscience aux rues alentours. Je perçois bien quelque chose, une présence "étendue", un frisson, quelques images, peut-être même une idée de l'organisation du quartier il y a quelques siècles, mais rien que ne me satisfait vraiment. Je dédie mes offrandes et rentre chez moi.


Sans me décourager, je reviens sur place le lendemain et procède de la même manière. J'en viens à me poser quelques questions. Peut-être que l'"esprit" que je tente de contacter n'est pas réellement conscient de lui-même. Je pense à ces rencontres faites lors d'autres travaux avec des entités en mode "automatique'' ou avec certains anges qui me semblaient totalement dépourvus de personnalité et que je ne pouvais que comparer à des logiciels, gérant les programmes de l'Univers. Pourtant, déjà au deuxième jour, mon vocabulaire change. Je parle d'"Elle" en parlant de l'esprit que je souhaite contacter. J'ai également une idée très précise de la manière dont elle pourrait m’apparaître. Je laisse mon offrande et rentre chez moi. Je procède de même le jour suivant. La vision de cet esprit m’apparaît plus clairement encore, mais je ne parviens toujours pas à établir un réel contact. Je décide de changer de stratégie.


Comment attirer l'attention d'un esprit aussi vaste ? Ma petite offrande de bière me semble soudain assez inadaptée pour ce genre de travail. Comment attirer l'attention de qui que ce soit, d'ailleurs ? Je jette un coup d’œil à mon téléphone qui vient tout juste de se reconnecter au wifi et qui réceptionne tous les messages qui m'ont été envoyés pendant mon absence... Je me dis que j'ai là une solution toute trouvée.


"Pour montrer à quelqu'un que le kiffe, expliquais-je récemment à un newbie sur les réseaux sociaux, like sa photo la plus ancienne. Au mieux, il comprendra que tu t'intéresses à lui. Au pire, il te prendra pour un stalker. Mais il y aura une réaction !" L'heure est venue d'appliquer mes propres conseils. Je like frénétiquement toutes les photos publiées sur la page Facebook de la ville. Je réponds aux posts de la mairie et réussis à m'attirer les foudres de quelques râgeux locaux. Je publie moi-même plusieurs photos de mes promenades. Chaque soir, je prends le temps de parcourir les rues de cette ville, de découvrir de nouveaux quartiers. Je croise toujours les mêmes habitants qui jouent à la pétanque sur la place du marché, les mêmes joggers qui, à la fin de leurs journées de travail, enfilent leurs baskets et se rendent au parc, le même dealer, qui attend dans sa voiture, la fenêtre entrouverte, la lycéenne qui clope affichant un air agacé qui promène un petit chien surexcité... Je marque clairement mon enthousiasme pour la journée du patrimoine à venir et partage les publications qui y sont liées. En moins d'une semaine, j'ai l'impression d'avoir plus investi cette ville que durant les deux dernières années.


Lorsque je me rends dans le vieux quartier le soir suivant, équipé de mes offrandes habituelles, je n'ai pas besoin d'attendre très longtemps pour obtenir un premier contact. "Bonjour" me dit-elle simplement. Je sens le côté maternant et protecteur. Le calme qui émane de cette présence gigantesque. Je perçois que je ne suis pas le premier à être ici, à nourrir l'esprit de cette ville et vois clairement ceux qui m'ont précédé : des poètes, des artistes qui ont capturé l'essence de la ville dans des œuvres, des médiums et des sorciers, qui ne portaient pas forcément ces noms. Je vois aussi ceux qui me succéderont et que je ne suis qu'un, parmi tant d'autres. Je suis rapidement remis à ma place en somme. La ville se présente à moi comme un ancêtre non-humain. Je suis un peu décontenancé par cette notion, mais, plus je la laisse infuser, plus elle me semble évidente. Mon "entretien" dure une demi-heure et je repars avec l'assurance que je pourrais désormais contacter cet esprit beaucoup plus facilement.


Pour les autres savants fous qui passent par là, ma page Facebook, c'est par ici. Qui sait quel genre d'esprit vous y rencontrerez... Je reste, comme toujours, ouvert à toutes questions, remarques et déclarations d'amour spontanées. 

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